Est-ce que l’ère des Likes sur les réseaux sociaux est révolue ?

Réseaux sociaux

Rappelez-vous en 2014, quand Mark Zuckerberg avait exprimé le désir du public d’avoir un bouton “J’aime pas” (dislike) sur Facebook.

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Au cours d’une séance de questions/réponses publique, le CEO a présenté la sémantique des boutons comme une sorte de combat entre le bien et le mal, digne d’une bande dessinée, le bouton “J’aime” représentant probablement, selon lui, la “force du bien” :

Le bouton “J’aime” a quelque chose de tellement simple… mais il serait puissant de donner aux gens plus de moyens pour exprimer encore plus d’émotions. Nous devons trouver la bonne façon de le faire pour que cela devienne “la force du bien”, et non “la force du mal” qui dénigrerait au final les publications que les utilisateurs ont mis en ligne.

Mais à présent, alors qu’un nombre croissant d’études soulignent l’impact négatif du nombre de Likes, sur l’estime de soi de certains utilisateurs, qu’un contenu a reçu (ou pas), il est peut-être temps de se demander si le bouton “J’aime” ne s’avère pas être plutôt “la force du mal”.

Des études récentes ont établi un lien entre une dépression accrue, de mauvaises habitudes de sommeil et une image corporelle dégradée chez les enfants et les adolescents, suite à une utilisation accrue des réseaux sociaux et des appareils numériques.

A ce stade, pour réparer les dégâts causés, Instagram, qu’une étude de 2017 a révélé être la pire application de réseaux sociaux pour la santé mentale des jeunes, et Facebook, étudient sérieusement la possibilité de supprimer les Likes.

En avril 2019, Instagram a annoncé qu’il effectuait un test au Canada, en cachant les compteurs de Likes au niveau des photos et vidéos de certains utilisateurs : il s’agissait d’une expérience visant à réduire la compétitivité au sein de la plateforme sociale.

L’idée : faire en sorte que nous nous sentions moins envieux, moins honteux et plus axés sur l’expression de soi plutôt que sur ce qui pourrait ressembler à un concours visant à évaluer notre personnalité. Il s’agit de faire en sorte que les gens se concentrent sur le contenu qu’ils partagent, et non sur les Likes obtenus, a déclaré un porte-parole lors de l’annonce du lancement du test à la conférence annuelle des développeurs de Facebook, F8 :

Nous testons cela parce que nous voulons que vos abonnés se concentrent sur les photos et les vidéos que vous partagez, et non sur le nombre de likes qu’elles obtiennent.  

Et maintenant, trois mois plus tard, Facebook lui-même a lancé son propre test : il supprime la visibilité publique des Likes, des réactions et du nombre de visionnages de vidéos au niveau de toutes les publications et annonces des utilisateurs de Facebook. Le test n’a lieu qu’en Australie : Facebook a confié à Engadget qu’il n’avait pas encore décidé d’étendre le test à d’autres endroits dans le futur. Selon Engadget, avant de décider des suites à donner, il souhaite voir comment se déroule le test de l’Australie.

Bien qu’Instagram n’ait pas encore communiqué les résultats de son test au Canada, ils ne devraient pas être totalement mauvais. En juillet, il a élargi le masquage des Likes des utilisateurs sélectionnés dans six autres pays : Australie, Brésil, Irlande, Italie, Japon et Nouvelle-Zélande.

Les utilisateurs, sélectionnés pour faire partie de cette expérience, ont vu apparaître une bannière les informant du test, et expliquant que :

Nous voulons que vos abonnés se concentrent sur ce que vous partagez, et non sur le nombre de Likes de vos publications. Pendant ce test, vous seul pourrez voir le nombre total de Likes récoltés par vos publications.

Bien que les Likes soient devenus invisibles à la vue du public, ils sont toujours visibles par les utilisateurs eux-mêmes lors du test. Instagram a partagé un exemple d’image avec une ligne au-dessous du message qui précise : “Liké par [utilisateur] et d’autres“.

Ces initiatives marquent-elles la fin de l’ère des Likes sur les réseaux sociaux ? Si c’est bien le cas, est-ce qu’ils vont beaucoup vous manquer ?

Eh bien oui. Il existe des influenceurs qui ont fait carrière en publiant du contenu générant des Likes de manière massive. CNN Business en a cité un : Sam McAllister, un photographe de 23 ans dont les magnifiques photos obtiennent des milliers de Likes, en est un bon exemple. Il n’a pas beaucoup d’abonnés, mais avec des photos ayant reçu de nombreux Likes, comme cette vue aérienne des canaux de Venise, il a réussi à décrocher des campagnes payantes pour des entreprises telles que la compagnie aérienne Aer Lingus et un fabricant de boissons énergisantes.

La disparition des Likes pourrait changer la donne pour les nouveaux arrivants talentueux qui n’ont pas encore une large audience. McAllister a déclaré à CNN Business que cela ne fonctionnerait peut-être pas pour lui :

Le fait que mes publications suscitent massivement de l’engagement a porté ses fruits. Ma principale préoccupation à l’heure actuelle est que le nombre d’abonnés qu’un utilisateur possède est désormais la principale unité de mesure par défaut.  

Voici un autre groupe qui risque d’avoir plus à y perdre si les Likes devaient disparaître : à savoir les entreprises qui gagnent des millions en vendant de faux Likes, des abonnés et des retweets à des célébrités, des entreprises ou à tous ceux qui veulent prendre de l’importance en ligne.

Cependant, une chose est sûre : si les Likes étaient amenés à disparaître, le quotidien sera beaucoup moins évident pour les créateurs de contenu comme McAllister. Mais dans le meilleur des cas, il y aura de nombreux autres avantages : moins de concurrence, moins de messages supprimés par des utilisateurs trop gênés pour laisser ces derniers associés à bien trop peu de Likes, et enfin moins de perte en matière d’estime de soi.

Malheureusement, il existe de nombreuses manières de se livrer à du cyberharcèlement sur les réseaux sociaux. Il existe de nombreuses façons de ruiner l’estime de soi des utilisateurs au-delà du simple fait de ne pas aimer leurs publications. Mais reconnaissons tout de même les efforts consentis par ces plateformes : à savoir qu’elles tentent de corriger au moins un élément faisant partie de l’environnement chaotique qu’elles ont créé.

Après avoir travaillé si dur pour nous rendre dépendants aux doses de dopamine que ces Likes nous injectaient depuis dix ans, c’est le moins qu’elles pouvaient faire !

Je baisse donc le pouce concernant le bouton “J’aime”. Et vous ?


Billet inspiré de Is the era of social media Likes over?, sur Sophos nakedsecurity.

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