Des groupes de défense interpellent les gouvernements sur la surveillance liée au Covid-19

Protection de la vie privée

Les groupes de défense des droits de l’homme et du numérique se sont joints à une initiative mondiale, plutôt rare, visant à interpeller les gouvernements pour qu’ils respectent la vie privée lors de la gestion de la crise COVID-19.

covid-19

Alors que le nombre de cas connus de COVID-19 dans le monde dépasse les 3 millions et que le nombre de décès atteint les 200 000, plus de 100 groupes ont signé une lettre adressée aux gouvernements les exhortant à faire preuve de mesure dans leur réponse apportée dans cette lutte contre le virus. Selon la lettre, ils doivent s’efforcer de respecter les droits de l’homme dans leurs efforts pour contenir la propagation potentielle de la maladie au sein de leurs populations :

Les efforts déployés par les États pour contenir le virus ne doivent pas servir de prétexte pour entrer dans une ère nouvelle qui viserait à utiliser des systèmes de surveillance numérique invasive à grande échelle.

Les signataires comprenaient des groupes technologiques comme AI Now, Algorithm Watch et la World Wide Web Foundation, ainsi que des groupes de défense des droits de l’homme comme Amnesty International et Human Rights Watch. Plusieurs groupes nationaux tels que le Conseil irlandais pour les Libertés Civiles (Irish Council for Civil Liberties) et l’Association des Consommateurs Suédois (Swedish Consumers Association) ont également rejoint cette initiative.

Selon la lettre :

Il s’agit d’une période véritablement extraordinaire, mais le respect des droits de l’homme s’applique toujours. En effet, les grandes lignes permettant de défendre les droits de l’homme ont été définies pour garantir que les différents droits puissent être soigneusement équilibrés afin de protéger les individus et les sociétés au sens large. Les États ne peuvent pas simplement ignorer des droits tels que la vie privée et la liberté d’expression au nom d’un combat contre une crise de santé publique. Au contraire, la protection des droits de l’homme favorise également la santé publique. Plus que jamais, les gouvernements doivent rigoureusement veiller à ce que toute restriction de ces droits soit conforme à la défense des droits de l’homme établie de longue date.

La lettre appelait les gouvernements à abandonner l’option d’une surveillance numérique accrue à moins qu’elle ne remplisse huit conditions :

  • Maintenir les mesures de surveillance légales et transparentes afin que des tiers puissent les évaluer.
  • Prévoir une date de fin à laquelle les mesures de surveillance supplémentaires cesseront.
  • Utiliser uniquement les données collectées pour lutter contre la pandémie, excluant ainsi toute utilisation à d’autres fins.
  • Conserver les données de manière sécurisée et expliquer comment elles ont été anonymisées.
  • Porter une attention toute particulière aux biais algorithmiques concernant les populations marginalisées dans les systèmes de surveillance ainsi que ceux de type Big Data, notamment les groupes raciaux et ceux qui vivent dans la pauvreté.
  • Partager uniquement avec des tiers conformément à la loi et veiller à rendre public les accords de partage de données.
  • Donner aux individus le droit de contester la collecte de leurs données personnelles.
  • Donner à tous les acteurs la possibilité de contribuer aux discussions politiques sur la surveillance, notamment les groupes de santé publique.

Comme nous l’avons signalé en mars dernier, plusieurs gouvernements ont déjà lancé des actions de surveillance pour suivre la propagation de la maladie, parfois sans en informer directement les citoyens concernés. Les initiatives ont notamment consisté à collecter secrètement des données sur les téléphones portables à l’aide de systèmes antiterroristes et, dans certains cas, à forcer les gens à prouver leur auto-isolement avec des données GPS et des selfies, ou à être exposé à la possibilité que la police vienne frapper à leurs portes. Le gouvernement britannique aurait même tenté de se procurer des données de localisation directement auprès des opérateurs télécoms pour contribuer aux efforts de santé publique.

Certaines autres initiatives visaient à utiliser les téléphones portables comme mécanisme de respect du confinement en incitant les gens à dénoncer leurs voisins. La police de Bellevue, dans l’État de Washington, a encouragé les résidents à signaler toute personne vue en train de violer les consignes de confinement décrété par l’Etat, à l’aide de MyBellevue, une application municipale pour smartphone lancée à l’origine pour fournir des informations en matière de service public.

D’autres ont utilisé les données des téléphones portables pour obtenir une vision plus macroscopique des mouvements publics. Google a utilisé des données de localisation anonymes provenant de millions de téléphones Android dont l’historique de localisation était activé afin de déterminer dans quelle mesure les gens respectaient le confinement et les autres restrictions du même type. Récemment, Google a publié des rapports montrant la circulation des citoyens au niveau des espaces publics dans 131 pays. Le Royaume-Uni a ainsi pu constater que les visites dans les commerces et les lieux de loisirs avaient baissé de 85%, selon les données récoltées.

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Billet inspiré de Rights groups appeal to governments over COVID-19 surveillance, sur Sophos nakedsecurity.

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