Micropaiements : 100 millions de dollars suffiront-ils à retirer les publicités du web ?

Protection de la vie privée

Après des années sans réels résultats, les micropaiements sur le web pourraient-ils être le nouveau moyen incontournable pour améliorer la protection de la vie privée des utilisateurs ?

micropaiements

Sur ce point, la thématique de la protection de la vie privée a toujours semblé intéressante : en effet, si les visiteurs pouvaient payer aux sites web de petites sommes d’argent pour avoir accès au contenu, ces sites n’auraient peut-être pas besoin de vendre leur trafic à des annonceurs dont l’activité repose sur la distraction, le suivi et le profilage des visiteurs.

Facile d’en rêver, plus difficile à mettre en œuvre, avec en guise de mise en garde une longue liste de systèmes commerciaux de micropaiements que personne n’utilise.

Mais c’était avant que la protection de la vie privée ne devienne un problème central et majeur. C’est pourquoi une start-up appelée Coil a décidé d’essayer à nouveau en soutenant une initiative appelée Grant for the Web (GftW), dotée d’un fonds de 100 millions de dollars (environ 91 millions d’euros) sur cinq ans.

Fondée en 2018, Coil se décrit comme une entreprise de “monétisation de contenu”, mais ne vous arrêtez pas à cette brève description. En effet, Grant for the Web est suffisamment prise au sérieux par des outsiders pour que la Fondation Mozilla et Creative Commons, un organisme à but non lucratif spécialisé dans le copyright, signent un partenariat pour le lancement.

Mais de quoi s’agit-il ?

L’explication qui suit provient du site web de Creative Commons :

Le programme financera des personnes, des projets et des communautés mondiales qui contribuent à un écosystème de monétisation du web axé sur la confidentialité, ouvert et accessible.  

Les créateurs de contenu et les éditeurs de logiciels pourront mettre une telle stratégie en œuvre à l’aide de l’API ouverte Web Monetization de Coil, proposée au Web Incubator Community Group du World Wide Web Consortium (W3C) sous le nom ILP-RFC 0028 (version 9).

En d’autres termes, il s’agit d’une nouvelle norme de paiement du contenu web qui permettra aux parties intéressées de créer des exemples de preuve-de-concept afin de montrer à quoi ce système pourrait ressembler dans la pratique.

Il s’agit de repenser de manière pragmatique la stratégie “développez-le et ils viendront à vous” qui a échoué pour les systèmes de micropaiements antérieurs.

Le problème, c’est qu’il s’agissait essentiellement de plateformes commerciales conçues pour créer un nouvel intermédiaire qui prendrait sa part au niveau des microtransactions.

Malheureusement, alors que de nombreux utilisateurs payaient volontiers pour du contenu, ils ne souhaitaient pas utiliser les nombreuses plateformes incompatibles pour y parvenir. Privé d’utilisateurs, personne n’a pu vraiment gagner de l’argent.

L’API Web Monetization, en revanche, offre la possibilité d’utiliser des micropaiements comme mécanisme permettant de préserver la confidentialité en libérant les sites web de l’obligation de recourir à la surveillance publicitaire traditionnelle pour joindre les deux bouts.

Un risque que certains essaient d’en profiter gratuitement ?

Les entreprises ne risquent-elles pas d’abandonner l’idée de protection de la vie privée pour servir leurs propres intérêts en utilisant l’API ouverte ?

Peut-être, et ce même si le conseil consultatif de Grant for the Web indique qu’au moins 50% des subventions seront attribuées à des projets qui défendent des valeurs en faveur de normes ouvertes et de la protection de la vie privée.

Nous spéculons ici, mais l’une des possibilités est que l’API de Coil trouve un débouché avec Firefox qui, si cela se produisait, intégrerait un mécanisme de micropaiements au sein d’un navigateur utilisé par plus de cent millions de personnes.

Cela ne garantirait pas la confidentialité, et ce même si les sites acceptaient les paiements via cette interface, mais cela contrebalancerait les systèmes qui permettent de suivre les utilisateurs sur le web.

De son côté Brave, un navigateur dédié, tente de préserver la vie privée en diffusant des annonces anonymement aux utilisateurs qui sont ensuite récompensés pour les avoir consultées avec un système de micropaiements sous forme de jetons “Basic Attention” (BAT).

Quelle idée va l’emporter ? C’est impossible à dire pour le moment, mais au final, le succès dépendra de son intégration dans des sites web populaires que les lecteurs apprécient. Après des années de lutte, peut-être que l’avenir de la publication web reste prometteur.


Billet inspiré de Is $100 million enough to save the web from ads?, sur Sophos nakedsecurity.

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